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Nous nous détendons à peine sur l’autoroute lorsque nous apercevons un barrage douanier. Docilement, habitués à faire l’objet de fouille, Pascal s’arrête avant même que le douanier ait fait le moindre signe. Un peu surpris, il nous envoie alors son collègue qui porte le badge des douanes avec une fierté provocante, suspendu au bout d’une chaîne tel l’emblème d’un gang de L.A. Dès les premiers échanges, il nous prend de haut, très haut et exige d’inspecter le véhicule. Son regard est aussitôt accroché par le sac d’ordinateur : quelle belle opportunité de se faire de l’argent! Il nous explique que nous devons payer une taxe d’importation. Pascal reste courtois mais pas dupe, car il sait bien qu’il s’agit de corruption. Il tente la technique du gars niais qui ne comprend pas vraiment et demande davantage d’explications. Il devient moins gracieux lorsque le douanier, déçu que nous ne rentrions pas dans des négociations monétaires, nous annonce que nous devons procéder à une liste de tous les biens qui se trouvent dans le véhicule et payer une taxe de 5%. Il est alors évident que le douanier tente la technique de l’intimidation en faisant comprendre que nous aurons des heures de démarches, de comptabilisation des biens, puis des frais de taxe importants. Pascal s’emporte alors carrément devant cette tentative d’extorsion. Sur un ton directif, il explique au douanier qu’il ne s’agit pas d’importation, puisque les biens sortiront du pays avec nous. Il n’attend même pas la réponse du douanier et ferme violemment la porte du coffre, met les verrous, remonte dans le 4x4 et le met en marche. Décontenancé, le douanier nous laisse repartir sans arriver à ses fins. Fin de l’épisode. Maintenant nous pouvons souffler. Bienvenido a Panama.
Nous rejoignons nos amis Seine-et-Marnais Sandra et Alex (rencontrés au Guatemala) et passons deux jours avec eux, dans leur chambre, à attendre que cesse la pluie. Nous échangeons encore des expériences de voyage, piquons des fous rires et devisons sur la corruption de ces pays traversés. Ils nous confient tous leur matériel de camping et un bon mois de pâtes et de riz, en prévision de la vente de leur voiture et leur retour prochain à la mère patrie. Nous les laissons à David, ville sans grand charme, pour prendre notre avion pour Montréal.
En 24h, nous parvenons à trouver une gardienne pour notre brave Gallo Loco. Une gentille mère de famille accepte d’en prendre soin pendant nos trois semaines d’absence, moyennant trente dollars. Nous décidons toutefois de nous ôter le doute émis par nos amis français qui nous assurent que nous devons avoir l’autorisation des douanes pour quitter les pays en y laissant notre véhicule. La veille de notre départ, nous nous rendons à la direction générale des douanes, qui, en plus de confirmer cette information, nous apprend que nous devons impérativement nous stationner dans un lieu désigné par leur soin, à un coup exorbitant. Nous nous y rendons et parvenons un peu à baisser la facture. Retour aux douanes : l’employée, un peu raide, nous mène au grand manitou des douanes pour obtenir une autorisation de sa part. Nous la suivons docilement et passons un bureau immense rempli de secrétaire et autre scribes. Puis un autre bureau encore plus grand où trône le roi des douanes du Panama. Des photos de sa petite famille à Disneyworld ornent son auguste bureau. Sa majesté ne nous jette pas un regarde et se fait expliquer la raison de notre présence. Il s’empare du passeport de Pascal et y cherche le seau d’entrée au Panama. Il entre alors dans une colère incontrôlable : le tampon, qui devrait figurer en toute logique (chronologique) en dernière page se trouve entre le Pérou et le Mexique. Marie intervient timidement en disant que ce fut le cas partout en Amérique centrale. D’un œil dédaigneux il remet en place Marie en disant que cela est d’ordre interne et ne nous concerne pas. Il décroche ensuite son téléphone et appelle la douane frontalière sur la panaméricaine. Ça doit trembler à Paso Canoas. Nous essayons de disparaître dans les larges fauteuils de cuir. Le directeur hurle et exige que le personnel soit correctement formé et qu’il appose le seau en dernière page, comme il se doit. L’employée nous regarde et nous sourit pour nous réconforter et s’excuser un peu de l’attitude de son patron. De notre côté, nous sommes un peu soucieux et les heures sont comptées, les bureaux ferment bientôt, nos bagages ne sont pas faits, nous n’avons pas d’hôtel, il pleut averse… Et puis, nous avons peur pour la suite de son inspection car s’il s’arrête sur ce premier petit détail, qu’en serra-il de son inspection approfondie de tous nos papiers ?! Nous profitons qu’il soit au téléphone pour confier à l’agent que nos bagages ne sont pas faits et que le parking désigné ferme dans quelques minutes.
Il raccroche enfin ! Encore rouge de colère, l’agent parvint à lui faire interrompre son investigation, à lui faire signer l’autorisation sur un bout de post-it et nous escorte vers son petit bureau. Elle achève rapidement les formalités, consciente que nous avons eu assez d’émotions pour la journée. Nous terminons nos bagages sous une pluie battante et filons vers un hôtel proche de l’aéroport.
... la suite à la prochaine page ...
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