HONDURAS

13 au 21 mars 2010

Nous passons la frontière un jour de pluie. A bord de notre convoi, Martina et Luke, backpacker d’Allemagne et d’Angleterre se dirigeant également vers les bay Islands.  La chaleur est moins intense, et calme un peu nos esprits inquiets. Nous sommes seuls à cette frontière peu connue et peu utilisée de ce pays à la politique instable. Le douanier fait preuve d’un zèle peu commun sous ces tropiques. Les papiers sont scrupuleusement étudiés, l’intérieur du camion inspecté.

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On essaye d’adopter une attitude nonchalante et candide, essayant tant bien que mal de dissimuler nos cœurs qui battent la chamade. Nous sommes surpris de passer le test. Honduras nous voici! Du moins, encore faut-il s’acquitter des droits d’entrée excessifs : 35$US pour la voiture en plus des frais de 3$ par personne. Bienvenidos a Honduras, royaume de la corruption. Par exemple, en demandant le détail des 35$, on remarque qu’environ 25$ est reversé dans un compte bancaire sans plus d’explication…

A première vue, le Honduras semble bien différent du Guatemala : les locaux sont plus grands et plus blancs que leur voisins et sont vêtus de ropas americanas à la mode, les ATM proposent des dollars US, les fast food américains montent la garde aux abords des villes. Les sept heures de routes seront surtout marquées par les barrages policiers. Nous sommes vite repérés et contrôlés à chaque fois. Prévenus par nos éclaireurs favoris qui nous ont indiqués l’objet de leur inspections, nous avons paré à tout. Check list : extincteur, bandes réfléchissantes, triangle de signalisation. Rien ne manque. Et rien, ils n’auront rien de nous!

Nous passons la nuit à la Ceiba avant de rejoindre Utila. C’est LA destination pas chère pour les cours de plongée en Amérique, le pendant de Koh Tao en Asie. Effectivement, les cours sont bon marché, et attirent ainsi une horde de packpacker qui échoue ici en espérant devenir dive master. Nous choisissons la compagnie Captain Morgan, du nom de la célèbre marque de Rhum. Et le rhum coule effectivement à flot sur cette île. L’hébergement de Captain morgan se situe sur Jewel Cay, récif au sud ouest de l’ile, entièrement bétonné. Néanmoins l’ilot est paisible, loin du tumulte d’Utila, et nous sommes au cœur de cette communauté de pêcheurs, descendants des colons des Iles Caïmans. Ici la population est blanche et anglophone. Sur l’ile, quatre restaurants, un hôtel (le nôtre!), quatre épiceries et neuf églises.

Nous commençons notre session d’exploration sous-marine par deux plongées récréatives offertes à l’achat de notre cours de Rescue divers. Les fonds marins sont très beaux mais pas exceptionnels et nous sommes un peu déçus par la densité de plongeurs. Pascal s’endommage l’oreille en forçant pour descendre. On trouve un bateau pour nous rendre sur l’île principale afin de rencontrer Dr John, le prétendu spécialiste des oreilles. C’est un personnage : cheveux long, lunettes fumées, la cigarette au bec et complètement stone, il ne reflète pas l’image du docteur classique. C’est un phénomène post hippie, je m’enfoutiste aigri. Les patients l’attendent depuis le matin mais il est midi lorsqu’il daigne se présenter à son cabinet. Il passe davantage de temps entre les consultations à rigoler avec ses deux stagiaires sélectionnées par casting, que de s’occuper de ses patients. Les patientes devant nous sautillent de joie lorsqu’enfin on leur fait la faveur de les ausculter. Verdict du médecin : tout ce qu’il peut voir est une «  big red cherry coming out of your ear and trying to jump in my face » - imaginez le Docteur aux lunettes fumées dire ça complètement stone avec sa stagiaire aux gros seins qui rit bêtement derrière lui et Pascal à moitié sourd qui tente de garder son calme et de ne pas s’alarmer inutilement. Traduction : il ne peut pas voir si le tympan est percé mais dans le doute, prescription d’antibiotiques et plus de plongée pour une dizaine de jours. Et pour couronner le tout, Pascal ne peut même plus se mettre la tête sous l’eau, ce qui exclu le snorkeling ou la baignade du programme des réjouissances. Aigris d’avoir attendu aussi longtemps pour un diagnostic qui n’en est pas un et d’avoir ainsi raté le bateau qui devait nous ramener sur notre îlot, nous nous mettons en quête d’un transport pour rentrer. Après plusieurs heures de recherches désespérées, nous trouvons enfin grâce à trois chicas désinvoltes et embarquons de nuit dans une vieille embarcation qui navigue sans aucune lumière. La traversée est loin d’être rassurante malgré la splendeur de la nuit et le plancton fluorescent qui apparaît à chaque remous. Marie surveille sans cesse la distance qui nous sépare de la plus proche côte afin d’évaluer le temps de nage requis lorsque l’embarcation coulera. Pascal se prépare au moment fatidique où le capitaine arrêtera le moteur au milieu de la traversée, nous détroussera de tous nos biens, puis nous jettera par-dessus bord. Nous arrivons pourtant sains et saufs à l’îlot, privé de lumière par une coupure de courant, rendant l’approche sous seul éclairage de la lune un peu délicat. Après une journée à soigner ses maux pour Pascal et à célébrer la St Patrick au Rhum pour Marie, nous quittons sans grande peine Utila qui n’est un paradis que pour ceux qui peuvent pratiquer les activités sous-marines maintenant prohibées.

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